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Débat n’GO: L’avenir est-il aux ONG métisses ?
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Débat n’GO: L’avenir est-il aux ONG métisses ?

Le vendredi 27 novembre, n’GO a organisé un débat passionnant et animé sur un thème d’une actualité résonnante : l’avenir est-il aux ONG métisses ?

Omar Ba, consultant indépendant et autrefois coordinateur de la Plateforme flamande des communautés africaines, s’est lancé dans un plaidoyer en faveur de l’évolution des ONG belges, qui devraient davantage se calquer sur les réalités de la société dans laquelle elles évoluent. Le débat sur les liens entre les organisations de diaspora et les ONG n’est pas nouveau, a-t-il avancé. Cela fait plus de dix ans qu’une réflexion a lieu sur le caractère relativement eurocentré des ONG chez nous. Parallèlement, la société belge n’a pas ralenti sa voix vers le métissage. Être Belge aujourd’hui, nous disait Omar, c’est s’appeler Hassan, Mamadou, Farida, Claire, Jean, James… Le monde n’est plus à l’extérieur de l’Europe, poursuivait-il, mais en son sein. Et c’est en ce sens que les ONG devraient ouvrir leurs portes au monde extérieur (intérieur, en réalité). Les ONG qui s’ouvrent à la diaspora s’enrichissent. Elles s’ouvrent au Sud, ici. Elles ne se positionnent pas comme l’une contre l’autre, mais se présentent comme les deux à la fois. Bien sûr, nuance Omar, le métissage ne doit pas être pris comme une panacée. Il doit se traduire en termes de compétences, qui doivent pouvoir se transmettre.

Edgard d’Adesky, fonctionnaire à la DGD ayant été de nombreuses années responsable de la thématique « Migration et développement » partage l’idéal porté par Omar. Mais il n’est pas optimiste. « Si la société belge est métissée depuis si longtemps et si les ONG belges ont persisté dans la voix unique du ‘belgo-belge’, c’est qu’il y a un problème », diagnostique-t-il. Pendant de nombreuses années, la DGD a tenté de jeter des ponts entre les ONG et les associations de diaspora, argue-t-il, en particulier lorsque Reginald Moreels, lui-même issu du milieu des ONG, a pris les rênes du Secrétariat d’État à la coopération. La Belgique était alors bouleversée par le drame du retour forcé de Semira Adamu, qui a connu la fin atroce que nous savons. Reginald Moreels a alors voulu mettre des structures en place, permettant d’organiser des retours réussis. Il s’agissait de soutenir et de former les migrants ici et de les préparer à rentrer au pays avec les outils adéquats pour y lancer leur propre affaire. L’arrivée et le retour des migrants devaient ainsi devenir des opportunités. Edgard d’Adesky a lui-même nourri des relations suivies et intenses avec les associations de diaspora, désireux de les aider à obtenir le statut d’ONG. L’opération s’est soldée par un échec, seules deux associations ayant passé ce cap. Pour Edgard d’Adesky, le débat qui se pose aujourd’hui n’est pas le bon. Les ONG dans le Nord fonctionnent à l’image des sociétés du Nord : elles sont individualistes et ne cherchent pas à créer de liens entre elles. La solution est ailleurs : il faudrait progressivement basculer vers le Sud et soutenir les acteurs des sociétés civiles dans le Sud, pour que ceux-ci soient eux-mêmes aux commandes de leur développement.

Hassan Bousetta, qui travaille également depuis des années sur cette thématique à l’université de Liège, a fait le point sur ce qui avait été fait ailleurs, notamment aux Pays-Bas. Les Néerlandais ont mis en place un modèle présentant la migration et le retour au pays comme des opportunités. Ils ont engagé des migrants dans des secteurs qui manquaient de main d’œuvre, formant ainsi les migrants et soutenant l’économie nationale. Ils ont ensuite permis à ces migrants qualifiés de retourner au pays dans des conditions optimales. Le développement devait résulter de ces retours. Ces tentatives ont également échoué. Il faut créer, ici au Nord, des associations mixtes, complémentaires. Mais Hassan Bousetta nous met en garde contre un biais tentant à éviter : s’associer uniquement aux associations de migrants pour mener des projets de développement dans les pays d’origine serait une erreur. Il n’existe pas de lien automatique entre migration et pays pauvre, précise-t-il. Ceux qui migrent en ont les moyens, les capacités. Cela suppose que leur pays leur a offert, dans une certaine mesure, la possibilité d’accumuler ces moyens. Si l’on ne s’associe qu’aux associations de diaspora, l’on risque de passer à côté des pays les plus pauvres, qui ne bénéficient pas de représentants ici.

Comme souvent, le débat n’a pas pu se terminer dans la salle. Trop de questions, une thématique trop vaste, des solutions trop vagues et, surtout, une volonté bien présente de changer les choses, mais des réflexes tenaces qui empêchent de réaliser cette volonté. En témoignent les conversations qui ont suivi le débat. Dans un brouhaha de conversations informelles, les uns et les autres ont tenté de poser des diagnostics et de trouver des remèdes. Exercice périlleux, car l’on se rend vite compte que, si nous partageons tous des idéaux communs, les résistances et les préjugés personnels constituent parfois des obstacles difficilement  franchissables. Lire à ce sujet le témoignage de Pierre Biélande, qui raconte l’une de ces conversations mouvementées. Autant de raisons de poursuivre la réflexion et d’approfondir le débat, ensemble.

Lire le dossier « L’avenir est-il aux ONG métisses ? », paru dans le dernier n’GO Magazine