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En lumière. Derrière les outrances de Trump
En lumière

Derrière les outrances de Trump

Dans un article de Pierre Mélandri, historien et spécialiste de l’histoire américaine à l’Institut d’études politiques de Paris, je lisais récemment un passage qui m’a interpellé. Celui-ci traitait de la stratégie des républicains pour positionner leur parti dès le milieu des années 1970 : « Pour mobiliser les troupes susceptibles de lui assurer une majorité (en particulier les évangéliques sudistes mais aussi les « cols-bleus » du Midwest), les stratèges conservateurs ont très vite embrassé une rhétorique antimoderniste, subliminalement raciste et, par la suite, nativiste. Cette rhétorique a progressivement pris le pas sur leur projet politique : impuissants à répondre aux attentes de leurs militants, ils ont choisi, pour les fidéliser, de leur instiller une haine des démocrates accusés de faire preuve de « faiblesse » à l’extérieur, d’encourager la décadence des mœurs et de conduire, via l’étatisme, le pays à la ruine. ». J’étais frappé par cette analyse qui lorsque l’on regarde CNN et les débats américains résonne étonnamment. Car c’est bien la teneur non seulement du discours de bon nombre d’élus républicains mais aussi des électeurs républicains eux-mêmes. Mon premier constat était qu’en l’occurrence, on est bien dans le domaine de la croyance et des valeurs : supposée faiblesse, décadence des mœurs, étatisme qui conduit à la ruine. Les faits sont évidemment bien plus complexes. Dire à un démocrate que parce qu’il est démocrate il est faible, décadent et conduira par son attrait pour l’État à la ruine des États-Unis est une belle prouesse intellectuelle… Ma seconde réflexion concernait la puissance de l’ancrage de ce type de pensées dans l’esprit d’une partie de la population américaine. Inutile d’essayer de leur montrer que ces croyances ne correspondent pas ou que très partiellement à la réalité. Ces croyances sont pour eux la réalité. On pourrait rétorquer que le raisonnement est tout aussi valable pour les démocrates qui ont également leur doxa. Et on aurait raison. La différence réside évidement dans l’enchaînement entre croyance et comportement à adopter. D’une supposée faiblesse, on passe à la démonstration de sa force – l’histoire récente avec l’interventionnisme des deux présidents Bush nous a montré, hélas, les cercles vicieux qui se cachaient derrière. D’une décadence des mœurs, on passe à un rigorisme intolérant. Du nativisme, on passe à un repli identitaire basé sur le rejet de celui qui n’appartient pas au même groupe d’appartenance, le comble dans un pays aussi multiculturel que les États-Unis.

Pierre Mélandri expliquait ensuite l’emballement que cela induisait dans les campagnes des républicains où la surenchère domine aujourd’hui à travers des candidats comme Donald Trump ou Ted Cruz : « Aujourd’hui, pour être adoubés, les candidats du parti sont conduits à adopter des positions (sur les droits des femmes, les armes à feu) minoritaires au sein du pays et à tenir sur l’immigration un discours ravageur pour la stratégie nationale du parti. » Tenir des propos tels que ceux de Donald Trump semble pourtant être la seule manière de s’adresser à un électorat républicain que les modérés peinent à convaincre. Le comble survient lorsque l’on constate qu’une partie de ceux dont la communauté est vouée aux gémonies par Donald Trump se met à voter pour lui. Selon CNN 8% des quelque 75.000 votants républicains dans le Nevada étaient d’origine hispanique et 45% de ces votants d’origine hispanique ont soutenu Donald Trump. Cela laisse songeur car c’est bien cette communauté que Donald Trump stigmatisait en juillet 2015 dans ses propos :  « Quand le Mexique nous envoie ses gens, il n’envoie pas les meilleurs éléments. Il envoie ceux qui posent problèmes. Ils apportent avec eux la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs. »

Étonnant non ? On répondra que cela ne fait qu’environ 2.700 personnes d’origine hispanique qui votent pour Donald Trump. On peut effectivement minimiser, mais derrière, le même mécanisme se retrouve à d’autres endroits comme en Belgique où, du bout des lèvres, des francophones soutiennent Bart de Wever, alors même qu’il ne semble pas porter les francophones dans son cœur.

PIERRE BIÉLANDE

 

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