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comment faire pour…

Gérer la soumission

Miroir bien réel des comportements dominants (voir n’GO n°6), les comportements de soumission génèrent des vécus difficiles. Anxiété, culpabilité, perfectionnisme, voire superstition rendent difficile l’accès à l’assertivité. Rien de plus difficile pour une personne sujette à la soumission que de prendre sa place.

Les comportements de dominance et de soumission dans la société humaine garantissent, tout comme dans les sociétés animales, une certaine stabilité sociale. Elle assure une exécution rapide des décisions en évitant une remise en cause perpétuelle de la hiérarchie.

Miroir des personnes dominantes, les soumis ont pour fonction sociale de se mettre à leur service. Cela ne signifie pas qu’ils le font de bonté de cœur. Ils n’ont simplement pas l’idée d’affronter la personne dominante et espèrent qu’en retour, leur loyauté ou leur fidélité leur vaudra récompense ou, à tout le moins, protection.

Comme pour la dominance, les comportements de soumission sont très difficiles à détecter lorsque leur intensité est faible. Le vécu de la soumission est lié à la crainte de la faute. Il cherche à bien faire. Tout le temps et en tout lieu. Il se croit incapable de résister au dominant et cherche à lui faire plaisir, notamment en évitant toute erreur susceptible de causer des dommages. Tous les perfectionnistes seraient-ils alors des soumis? Loin s’en faut. Un perfectionniste peut l’être parce qu’il ne supporte pas être pris en défaut –un dominant pourrait donc facilement l’être–, ou par l’amour des choses bien faites, ou parce qu’il lui serait impossible de ne pas être exhaustif ou nuancé à l’extrême. Les timides seraient-ils tout aussi soumis? Pas nécessairement. Ce que d’aucuns interprètent comme de la timidité pourrait n’être que de la réserve ou être lié à une réactivité forte par rapport aux personnes qui parlent pour ne rien dire. Pas de soumission là-dedans. Le critère distinctif est bien la crainte irrationnelle de la faute.

Vers l’anxiété et la supersitition

Plus la soumission s’installe plus le vécu d’anxiété augmente. L’idée de provoquer par négligence ou passivité des désagréments ou des ennuis dans le groupe angoisse le “soumis” au point qu’il fait tout pour l’éviter. Il se contentait d’être perfectionniste; il passe ensuite au stade des vérifications sans fin. Ce sentiment concerne des dommages tout à fait improbables : «la société va tomber en faillite parce que j’ai oublié d’envoyer le courrier hier…». L’anxiété est alors chronique, mal définie, surgissant à la moindre occasion, même futile. Cet état de choses s’accompagne d’une servilité à l’égard des personnes dominantes. Le soumis va jusqu’à sacrifier son confort ou ce à quoi il a droit au profit de son supérieur hiérarchique.

En phase trois, l’inconfort grandit encore d’un cran. Le réel ne permet plus à la personne d’être rassurée. Même si tout va bien, elle se dit qu’il y a un prix à payer pour un bonheur perçu comme fragile. La personne craint une sanction, même pour les plus petites broutilles. Elle se sent fautive pour tout, y compris les erreurs des autres. La superstition est alors bien présente…

Panique en cas de promotion

Imaginons-le. Organisé, compétent, perfectionniste, obtenant d’excellents résultats… On ne soupçonnerait pas qu’il a un profil plutôt soumis. Une promotion plus tard, c’est le dérapage. Il stresse en permanence, perd en efficacité, revérifie tout cinq fois, prend des anxiolytiques. Il ne se trouve pas “à la hauteur des exigences du poste”. Cette promotion qui implique de donner des ordres s’assimile à un passage brutal de l’état “soumis” à un état “dominant”. Or, le cerveau, dans son souci de maintenir une stabilité sociale, active alors un mécanisme de compensation qui, comme un élastique, pousse la personne vers une attitude de soumission qui compense exactement l’écart du statut enregistré par la promotion. Il sera encore plus soumis qu’il ne l’était au départ avec un vécu de panique. L’objectif de ce mécanisme? Lui permettre de retrouver subjectivement ce qu’il estime être sa place. Dans un monde axé sur la performance, la concurrence, il est très tentant d’activer les ficelles qui mettent le soumis mal à l’aise puisqu’il va essayer d’anticiper toutes les erreurs possibles ou imaginaires. Mais c’est le faire glisser dans un vécu qui peut s’avérer très pénible et qui peut se révéler improductif à la longue. La collaboration avec une personne sujette à la soumission implique un seul grand devoir : le respect.

 

Les grandes règles : comment gérer la relation avec un soumis?

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Eviter de juger

Bien souvent, le comportement du soumis surtout lorsqu’il atteint le troisième stade paraît irrationnel: «mais pourquoi se sent-il coupable alors qu’il n’a rien à voir avec cette histoire?» Le résultat est qu’on a tendance à lui dire «mais non, tu n’as rien à voir dans cette histoire», à l’infantiliser ou encore à dédramatiser. Cela ne l’aide en rien. Ce n’est pas le problème qui est en cause mais le ressenti. Pareillement, si une chose à faire peut vous paraître facile, c’est peut-être une montagne pour un soumis. Inutile de lui dire : «mais si, tu en es capable…». Ce n’est pas un problème de compétences mais bien de vécu interne. À éviter également, dominer ou dramatiser, ce qui ne ferait que renforcer la soumission.

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Reconnaître le ressenti

Comme nous venons de l’expliquer, ce n’est pas le problème rencontré ou le défi à réaliser qui est cause, la personne a très souvent les compétences requises pour régler la situation. Le problème est un vécu interne de culpabilité, de perfectionnisme, de crainte de la sanction. La première chose est donc de reconnaître le ressenti de la personne en s’intéressant au vécu, aux émotions de cette dernière. Pas toujours simple car le comportement peut nous sembler tout à fait irrationnel ou disproportionné.

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Le faire changer d’état grâce à des questions

Communiquer son état et l’expliciter a tendance à apaiser la personne en soumission. Tout en restant à la fois factuel et bienveillant, faites-le parler de son ressenti avec des questions du type: «je comprends que ce que tu penses te pose de vrais problèmes.»; «Je ne connais pas toute la situation, pourrais-tu m’expliquer?»; «Qu’est-ce qui te fait dire cela?»; «Qu’est-ce qui se passe?». Les territoires cérébraux en cause dans la soumission vont peu à peu céder le pas aux autres territoires cérébraux et atténuer progressivement le vécu de la personne, surtout si vous restez factuel et si, après l’avoir amener à décrire son vécu, vous l’amenez à relativiser. Par exemple, avec des questions comme «qu’en penserait ta meilleure amie, ton meilleur ami?» pour peu que celle-ci ou celui-ci ne soit pas également dans des comportements de soumission, évidemment.

Les caractéristiques du soumis

Déclenchement

  • Imprévisible et fluctuant
  • Sur n’importe quel sujet (par opposition à ceux qui réagissent toujours sur un sujet bien précis)
  • Lorsqu’on le culpabilise
  • Lorsqu’on lui fait remarquer ses fautes, ses manquements
  • Lorsqu’il ne se sent pas à la hauteur

Vécu interne de la personne

  • Faible confiance en soi
  • Sensation d’infériorité par rapport à un plus “dominant”
  • Perfectionnisme afin d’éviter d’être pris en faute
  • Incapacité à dire “non” à un plus dominant
  • Culpabilité
  • Fascination pour la force

Ces symptômes sont cumulés.

Ce qu’en dit le Larousse

Soumission : État de quelqu’un qui se met dans la dépendance, sous le pouvoir, la domination de quelqu’un d’autre.

Anxiété : Trouble émotionnel se traduisant par un sentiment indéfinissable d’insécurité.

aller + loin

Livre

Personnalités et Psychophysiopathologie J. & F. Fradin. Éditions Publibook Université (2003-2006).

Articles

How interpersonal motives clarify the meaning of interpersonal behavior: A revised circumplex model. Personnality and Social Psychology Review. (10, 67-86), Horowitz, L.M., Wilson, K.R., Turan, B. Zolotsev, P., Constantino, M.J. & Henderson, L. (2006).

Personnality and Social Psychology Review. The 1982 Interpersonal circle: A taxonomy for complementarity in human transactions. (90, 185-214), Kiesler, D.J. (1983).

Psychological Review. Dominant-submissive behavior as models of mania and depression. (29, 715-737), Malatynska, E. & Knapp, R.J. (2005). Neuroscience & Behavioral Reviews.