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La désaffection des écoles de quartiers, futur terreau de la violence ?
Echos News

La désaffection des écoles de quartiers, futur terreau de la violence ?

Dernièrement, nous rencontrions une école du namurois pour travailler sur la déconstruction des préjugés et sur la (re)création du Vivre Ensemble. Ce qui nous a fortement interpellé dans cette discussion, c’est le constat que les clés du vécu scolaire se jouent aussi et pleinement dans d’autres sphères : celle de l’administration de l’enseignement et celle de la commune.

Pauvreté et multiculturalisme

Cette école est en effet située dans un quartier en voie de « paupérisation ». Y vivent de plus en plus de chômeurs, de couples dépendant du CPAS. Les anciens notables sont partis depuis longtemps… Ce quartier est aussi de plus en plus multiculturel, avec des personnes venant des pays de l’Est, de Syrie, d’Asie, des pays maghrébins… Bref, un condensé de ce que vivent pas mal de communes de Belgique.

Vécu scolaire difficile

L’impact sur l’école ne saurait être négligé : plusieurs enfants parlent au départ peu le français pour ne pas dire pas du tout. D’autres sont issus de ce qu’on appelle le quart-monde. Leurs parents sont autochtones mais peu éduqués, sans travail… Les systèmes de valeurs de ces enfants, leur éducation diffèrent fréquemment de celui des enseignants ou de celui attendu par ces enseignants qui rêvent de motivation, de respect, d’écoute.

Au sein de l’école, les problèmes sont évidemment fréquents entre enfants, mais aussi entre adultes et enfants. Parfois parce que le cadre dans lequel vivent certains enfants rend difficile la relation avec les adultes : refus de l’autorité, violence familiale, difficulté du rapport à la femme enseignante… Parfois, parce que ces relations tendues sont une fabrique miniature de préjugés à l’égard des « étrangers ». Au final, émergent ces cercles vicieux faits de fatigue, de démotivation qui altèrent la relation. Pas pour tous, pas tout le temps, mais…

Derrière ces constats, que faire ? Rejeter la responsabilité sur les enfants ? C’est la voie facile… C’est aussi nier une réalité que l’on voudrait plus simple, moins complexe. Le bon sens voudrait qu’à situation complexe, soient mises en œuvre des solutions adaptées. Et c’est là que le bas blesse. L’école manque de moyens, le travail avec les parents est difficile voire impossible, les enseignants ne sont pas formés ou outillés pour vivre et travailler dans cet univers. Il leur est demandé de gérer des contextes que des spécialistes de l’interculturalité auraient sans doute de la peine à gérer, il leur est demandé d’exercer leur métier d’enseignants, et pourquoi pas, d’être heureux…

Belle utopie lorsque les résultats ne suivent pas, lorsque la motivation des enfants est absente chez bon nombre d’entre eux, lorsque le vécu relationnel au sein de la classe devient compliqué.

Des autochtones qui désertent le quartier et les écoles

L’un des points de la discussion pointait le refus de plus en plus massif des parents d’enfants autochtones d’inscrire leurs enfants dans une école « pauvre » et « pleine d’étrangers ». Le constat était criant puisque, alors que les parents inscrivent leurs enfants dans les écoles maternelles voisines, ils leur préfèrent ensuite les écoles primaires du centre, mieux cotées mais pas nécessairement meilleures pour autant. Derrière ce choix : la paupérisation croissante du quartier et une réputation de « multiculturalisme difficile ».

Où est la commune ?

La réaction des autorités communales serait selon les dires des acteurs un désintérêt croissant pour ces quartiers : moins d’investissements, pas de logique de revalorisation du quartier… rien ! Enfin pire que rien, l’une des décisions récentes admise au niveau communal impliquerait le détournement des lignes de bus qui desservent les écoles concernées. Pour quelles raisons ? Sans doute bonnes aux yeux des concepteurs de ces modifications mais avec un impact immédiat pour les écoles en question. Avec un public pauvre, les transports en commun sont l’un des rares moyens de se rendre à l’école. Où iront les élèves ? Ailleurs, probablement au centre ville ! Et demain, ces écoles de quartier n’atteindront sans doute plus les quotas d’élèves pour rester ouvertes. C’est tout un quartier qui perd peu à peu son âme. C’est tout un quartier qui se transforme peu à peu en ghetto, c’est toute une jeunesse qui vit au quotidien cette absence de valorisation, ce sont tous ces enfants qui sentent qu’ils ne sont pas les bienvenus, que personne ne croit en eux. Sauf peut-être ces enseignants débordés, malmenés et qui aimeraient tant les voir réussir… Des enseignants qui ont déjà beaucoup essayé sans grand succès car ils ne disposent pas de toutes les clés pour réussir leur mission et celles qui leur manquent ont pourtant une importance cruciale.

Demain peut-être, si rien n’est fait, on pointera de France ou d’ailleurs comme pour Molenbeek, Forêt et consorts, ces manquements des autorités belges qui savaient et n’ont rien fait. Parce qu’il sera peut-être trop tard pour rectifier le tir.

 Pierre Biélande

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