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Empowerment des femmes un mode de vie, une méthode

Le combat pour plus d’égalité entre hommes et femmes est plein de bon sens. Un monde qui offre les mêmes opportunités aux deux sexes est indispensable pour bâtir une société en harmonie. Le discours est connu et tout à fait pertinent. Par contre, comment s’y prend-on? Voici quelques pistes.

Bon nombre de pionniers de l’égalité des genres  plaident depuis des années pour une approche transversale connue sous le nom de mainstreaming. À la place des projets dédiés aux femmes, ils préconisent de porter une attention constante à l’équilibre homme/femme, que ce soit dans les actions mises en place ou dans les processus de décision. Malheureusement, la réalité du terrain ne le permet pas souvent. La participation et les opportunités des femmes restent très réduites par endroit. L’approche thématique reste donc nécessaire. Empowerment, individuel et collectif Il n’en reste pas moins de place pour une approche constructive. Lisette Caubergs, consultante chez South Research, a collaboré au sein de la Commission Femmes et Développement de la DGD à l’élaboration d’un guide pratique pour la définition d’indicateurs d’empowerment. Le guide s’inspire de la méthodologie AURA (AutoRenforcement Accompagné) développée par ATOL. Au centre de cette méthode, on retrouve la question de l’empowerment. «Cela nous semblait être une méthode adaptée pour envisager le rôle des femmes dans le développement. L’empowerment est un processus qui contribue au respect de soi et à l’indépendance individuelle. Mais il a également une dimension collective : l’empowerment amplifie la capacité d’influencer les rapports homme-femme au niveau sociétal et contribue ainsi à une société empreinte de justice et d’égalité.»

Acteurs, pas victimes

«L’approche par l’empowerment est une méthode dynamique et responsabilisante. Elle présente les femmes comme actrices du développement, et non comme victimes. L’empowerment ne part pas d’un sentiment de pitié, mais d’un véritable intérêt pour les femmes, qui elles sont, ce qu’elles ont déjà réalisé, de quoi elles sont capables et quels sont leurs rêves. C’est une manière de regarder la réalité. Pour pouvoir transmettre ce regard particulier, nous avons traduit cela en processus et en schéma, en étroite collaboration avec le Sud. L’empowerment est un méta-modèle qui peut être utilisé avec des dizaines de méthodes différentes.» Le guide méthodologique de “L’approche de l’empowerment des femmes” n’est pas une checklist remplie d’indicateurs pour mesurer l’évolution du niveau d’empowerment et évaluer les résultats d’un projet. C’est un manuel pratique qui permet aux communautés ou aux équipes de développer leurs propres indicateurs, en fonction du contexte et des groupes cibles.

Pouvoir au pluriel

Lisette_Caubergs_1Le pouvoir joue un rôle central dans les deux dimensions, individuelle et collective, de l’empowerment. Il est question d’avoir plus de prise sur la vie et d’accumuler les possibilités pour faire des choix. Mais la notion de pouvoir n’est pas univoque. L’approche AURA distingue quatre aspects distincts. Cette division a pour but de pouvoir travailler plus en profondeur et sur plusieurs fronts à l’empowerment.

Avoir correspond au pouvoir économique sous forme de revenus, de biens fonciers, d’outils, de temps, d’accès aux services et à l’information…

– Les Savoir et savoir-faire reprennent les connaissances ou compétences qui permettent de concrétiser les opportunités, comme par exemple l’alphabétisation ou la capacité de mettre des idées en actions et en moyens.

– Le Pouvoir permet de prendre des décisions soi-même et d’en porter la responsabilité, pour soi ou pour d’autres.

– Enfin, Vouloir désigne le pouvoir intérieur, psychologique ou spirituel, où se logent les peurs, les valeurs, l’image de soi, les conceptions de l’avenir…

Les cercles d’empowerment

Les cercles d’empowerment synthétisent l’imbrication des différents aspects du pouvoir et expliquent comment fonctionne l’empowerment. Au centre, on retrouve l’individu ou le groupe avec ses ambitions, ses motivations et ses rêves (vouloir). Pour les réaliser, les connaissances et les moyens économiques sont nécessaires (avoir et savoir). In fine, un pouvoir politico-social est requis (pouvoir).

Via les quatre niveaux, l’individu ou le groupe subit ou dirige des changements. Ils sont le résultat d’interactions avec des institutions extérieures (proches ou lointaines) comme la famille, l’Etat, le marché économique, les médias, la religion, les écoles, les organisations traditionnelles… Ces influences sont représentées par des flèches : l’influence de la société sur les opportunités et les droits des femmes est représentée par des flèches de l’extérieur vers l’intérieur ; le processus d’empowerment des femmes (et de leurs organisations) et les possibilités d’influencer les institutions sont représentées par les flèches de l’intérieur vers l’extérieur. Par exemple, une ONG peut contribuer à l’acquisition de connaissances dans une organisation partenaire, alors qu’un groupement de paysannes peut peser sur les prix du marché.

Plaidoyer pour l’autodétermination

Outil. Empowerment des femmes 2«Dans notre schéma (voir Comment ça marche ?), nous avons voulu rester assez proche du cadre logique pour se greffer sur ce que les gens connaissent déjà », reprend Lisette Caubergs. « Le cadre logique n’est au fond qu’une manière de synthétiser et de diriger un projet. Mais nous ne formulons pas d’indicateurs, seulement des paramètres. D’autant que les comportements humains et les processus de changements sont difficiles à prédire. Nous croyons en l’autodétermination. Concrètement, nos paramètres peuvent, par exemple, rendre compte du fait que les femmes économisent du temps grâce à la construction d’un puits. Par contre, le gain exact ou l’utilisation qui sera faite de ce temps libéré doivent être définis par les femmes. Elles savent ce qui fonctionne ou pas, elles sont les expertes ! L’idée est parfois difficile à accepter pour les bailleurs de fonds.»

Changement d’indicateurs = empowerment

« Les indicateurs seront différents en fonction des acteurs, du contexte et du programme. On reconnait l’empowerment lorsque, en cours de projet, le cadre logique change et que les indicateurs sont adaptés par les femmes, avec l’appui de l’ONG. Il faut pouvoir apprécier que des évolutions intéressantes se produisent en dehors du cadre prédéfini. Les ONG peuvent accompagner les premiers pas du changement, mais sans jamais forcer car sinon le résultat n’est pas durable. Nous défendons l’idée qu’il faut aborder les processus de changement via une approche basée sur l’empowerment. Et surtout laisser du temps. Nous nous sommes battues durant des décennies pour le droit de vote des femmes et maintenant on voudrait tout faire en cinq ans? La société ne fonctionne pas comme ça!»

SYLVIE WALRAEVENS

Comment ça marche

  1. Analyse SWOT

Avant d’appliquer la méthode AURA, l’équipe qui mène le projet doit d’abord identifier les dynamiques d’empowerment en place. Une analyse SWOT donnera un score par niveau de pouvoir (avoir, savoir, vouloir, pouvoir). Lisette Caubergs : «Beaucoup d’ONG se concentrent sur le renforcement économique ou l’apprentissage de connaissances ; le pouvoir politico-social est beaucoup moins présent. L’exercice met en évidence les forces et les faiblesses. Les gens ont des opportunités pour influencer les institutions et ainsi dessiner leur vie ou celle des autres. L’empowerment n’est pas une question de pouvoir en soi, mais une possibilité de réaliser son projet de vie et participer à la définition de la collectivité, pour une meilleure qualité de vie (individuel) et plus de justice sociale (collectif).»

  1. Indicateur d’empowerment

Après l’analyse SWOT, une démarche plus ou moins connue vous attend: remplir un schéma de quatre cadres à la sauce cadre logique.

L’Etat des lieux: situation de départ avec les ressources économiques, humaines et sociopolitiques.

L’Input du programme: l’apport du projet en termes de stratégie, de moyens et d’activités.

Le résultat: en termes de nouvelles possibilités et de nouveaux choix.

L’impact: le changement dans la qualité de vie et la justice sociale.

un mot aux sens multiples

Outils. Empowerment des femmes 3

Dans les années 60, le terme empowerment était surtout associé à la lutte des noirs américains. À partir de 1985, les mouvements féministes d’Amérique latine l’ont repris à leur compte avant de voir l’empowerment des femmes consacré dans la déclaration de Pékin comme une stratégie essentielle pour le développement. L’ONG Atol a creusé le concept dans le contexte de communautés locales dans le Sud. Ces groupes ont pointé trois niveaux de pouvoir (avoir, savoir, pouvoir) auquel Atol a ajouté vouloir (voir texte central). À la demande de la Commission Femmes et Développement, le concept d’empowerment ainsi défini a été appliqué à la thématique du genre. Le guide méthodologique qui en est ressorti a été largement testé sur le terrain au Niger, Congo, Cameroun, Guinée Conakry, Haïti, Bolivie…

Témoignage

Ernestine Mula Kakiba, directrice de l’ONG ARSDAPS: “Je l’ai vu à l’oeuvre”

« La FINCA (Fondation Internationale pour l’Assistance Communautaire au Congo) à Kinshasa montre comment l’approche amène des améliorations durables. On travaille avec des femmes, des veuves et des prostituées. Elles se trouvent dans une situation très précaire: analphabètes et ignorantes de leurs droits, elles dépendent soit de petits boulots, soit de leur conjoint au niveau économique, social et financier. Leur avenir est bouché. Grâce à des formations, notamment en gestion de crédit et en apprentissage de fabrication de divers produits, elles accèdent à des moyens de production et à des microcrédits, ce qui leur donne du pouvoir et une certaine indépendance. Leur confiance en elles augmente également beaucoup et elles pèsent dès lors dans les prises de décision de la communauté. En luttant contre les inégalités sur différents fronts, on a pu constater un véritable épanouissement des femmes. Cela prouve bien que l’empowerment est la clé du développement. »

En savoir +

Guide L’approche de l’empowerment des femmes: un guide méthodologique