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comment faire pour…

Se dégager de son image sociale

Le regard que porte sur nous notre entourage nous pousse à adopter des comportements qui ne correspondent pas toujours à nos choix personnels. Ce besoin de satis- faire à notre image sociale, ancrée au cœur de chacun peut toutefois être confondu avec son antidote: l’opinion personnelle. Où commence l’une, où s’arrête l’autre?

Qu’on le veuille ou non, le regard de l’autre a un poids. On peut s’y soumettre ou y réagir, mais il influence nos choix, notre manière d’être et de nous exprimer en fonction de critères qui répondent davantage aux attentes du milieu qu’à nos aspirations propres.

« Laissez parler votre mari : même s’il exagère un peu, ne l’interrompez pas. Sans doute sait-il ce qu’il fait»… Cet exemple en forme de clin d’œil provient de l’ouvrage intitulé “Nous recevons”, le premier Marabout Flash. Millésimé “1959”. Ce petit conseil, prodigué de manière conviviale par l’auteur, illustre ce qui était attendu de la maîtresse de maison à l’époque. Ce type d’attentes n’a rien d’inconnu. Il balise nos existences : «un homme, ça ne pleure pas»; «un enfant doit être studieux s’il veut réussir dans la vie»; «une femme respectable ne se promène pas attifée comme ça»… Nous en avons intégré des centaines. Ensemble, elles forment “notre image sociale”, qui définit précisément ce qui est attendu de chacun d’entre nous. À l’intersection de critères tels que le sexe, l’âge, le lieu de vie, la religion, la catégorie sociale, le niveau d’éducation, la culture ou le pouvoir d’achat se trouve un rôle à jouer, avec ses règles, ses codes, ses obligations… et ses limites à ne pas franchir.

Le rôle de votre vie

Tout ce que vous avez vécu est mémorisé par votre cerveau: croyances, émotions, habitudes et conditionnements. Aussi connaissez-vous le rôle qui est le vôtre dans votre tissu social. Vous avez appris à le jouer. De compliments en réprimandes, de récompenses en punitions, de bouts de carotte en coups de bâton, votre environnement (famille, école, amis, collègues et la société en général) a façonné l’enfant spontané que vous étiez pour en faire un adulte acceptable par tous. Si, enfant, vous aviez envie de rire (ou de pleurer), et si ça vous valait d’être rembarré par des proches qui disaient que ce n’était pas drôle (ou que pleurer était un signe inadmissible de faiblesse), vous avez tendance à penser que rire (ou pleurer), ce n’est pas bien, ça ne se fait pas. Le mode automatique (voir n’GO n°9), seul actif durant l’enfance, enregistre l’information. Si elle se répète, il établit une “vérité”, une croyance. Vous êtes conditionné: rire (ou pleurer), ça ne se fait pas. Les plus prégnantes de ces croyances sont concentrées sur les sphères de la sécurité, de l’affectivité, du sentiment d’appartenance et de reconnaissance ainsi que de l’estime de soi. Donc, si “rire” (ou “pleurer”) équivaut à se faire incendier, “rire” (ou “pleurer”) ne satisfait pas le besoin de sécurité (psychologique). L’enfant abandonne cette stratégie… À l’inverse, il persévèrera dans les comportements acceptés et encouragés.

Ce qui est acceptable

Nos croyances sont le reflet de notre vécu antérieur. Ce reflet, vu à travers nos yeux, notre personnalité, s’est gravé en nous. Il sert de cadre de référence auquel nous soumettons les situations que nous vivons, les personnes que nous rencontrons, les comportements et attitudes que nous croisons. Et nous réagissons en fonction: si l’on a appris qu’il faut se taire quand le chef parle, nous nous taisons, même s’il profère une énormité. Si nous avons expérimenté que c’est mal d’être ambitieux, nous serons intolérant envers les ambitieux… Comme notre entourage partage ces croyances, nous évitons les comportements (rire, être ambitieux…) qui entraineraient sa désapprobation, source d’émotion négative pour nous. Au contraire, nous recherchons son approbation. Ce faisant, nous soumettons à d’autres notre opinion ou comportement final. Que ne ferait-on pas pour être acceptable, donc brillant, séduisant, déterminé, etc.? En outre, notre réaction nous semblera tout à fait évidente, car le mode automatique, aux commandes 90% du temps, définit notre état d’esprit le plus habituel. Nous ne la remettrons pas en question.

La solution: s’individualiser

L’objectif consiste à développer votre sens de l’individualisation pour vous affranchir du regard des autres. Il s’agit de pouvoir affirmer votre opinion, même si vous êtes seul à l’incarner, sans rechercher l’assentiment d’autrui ni craindre son jugement. Bien sûr, en corollaire, vous prenez le risque de vous tromper ou de ne pas avoir raison. Ce risque est, par nature, indissociablement lié au fait de prendre une décision. Quand vous ressentez une difficulté à assumer ce risque, vous êtes sous la coupe de votre image sociale. Elle est sensible à l’échec. Faites un test. Prenez une opinion liée à votre statut dans l’ONG (par rapport à votre équipe ou par rapport aux bénéficiaires de votre action). Posez-vous la question: «Si cette opinion que j’ai se révèle être une grosse erreur, je me sens comment ? ». Si vous ressentez une forme de stress, vous êtes probablement sensible au regard des autres et vous adhérez à l’image sociale que vous imaginez devoir être la vôtre. Faites un second test: «Si, finalement, mon opinion se révèle être totalement adéquate, comment je me sens ? » Si vous ressentez une forme de soulagement, vous êtes à nouveau dans l’image sociale. En fait, si vous êtes zen dans un cas comme dans l’autre, vous acceptez de facto le risque lié à toute prise de position. Vous exprimez plutôt une opinion vraiment personnelle. C’est pareil pour tout le monde. Lorsque vous vous rendez compte qu’une personne est conditionnée par son image, n’en parlez pas à chaud: elle entrerait en stress. Par contre, revenez-y à froid, un peu plus tard, en lui ouvrant le champ de nouvelles possibilités. Posez-lui des questions sur le rôle qu’il endosse (ce rôle de chargé de mission, de manager ou autre, que chacun connaît) pour avoir son point de vue. Puis aidez-la à prendre du recul, en lui disant, par exemple: «Tu sais, être chargé d’étude, j’ai le sentiment que c’est aussi … (à compléter en fonction de votre situation). Qu’en penses-tu?». Si elle répond quelque chose du genre: «À partir de ce que je sais, c’est ce que je crois la meilleure chose, mais il est possible que je sois dans l’erreur », bingo. Elle s’affranchit de son image sociale. Sinon, proposez-lui l’un des exercices ci-dessous.

PATRICK COLLIGNON

Comment faire pour…

1

Repérer les phrases-clés

Certaines phrases peuvent indiquer que vous êtes trop sensible à votre image sociale. Réfléchissez-y si vous entendez à votre égard des réflexions dans le genre: «On ne sait jamais ce que tu en penses vraiment»; «Tu vas toujours dans le sens du vent»; «Tu t’arranges toujours pour répondre ce qu’on attend de toi»; «Aie le courage de tes opinions !»; «Tu es vraiment influençable»…

2

Recentrer sur la réalité

Prenez du recul par rapport à vous-même. Pour vous, ce que vous pensez est vrai. C’est la réalité. C’est normal. L’Acceptance and Commitment Therapy (ACT), parle de fusion cognitive: «ce que je pense est vrai». L’ACT invite à faire de la “défusion” cognitive, qui consiste à se rendre compte qu’une pensée… n’est qu’une pensée, même si vous y adhérez intensément, au point de vous y accrocher comme à une bouée de sauvetage (« un homme, ça ne pleure pas ! »)… Faites une petite expérience. Pendant deux minutes, écrivez vos pensées sur des Post-it, ce qui les matérialise. Ensuite, collez-les partout sur votre corps, ce qui symbolise que vous y adhériez. Puis collez-les sur un mur et demandez-vous : «Qu’ai-je perdu, en réalité?».

3

Nuancer et transgresser

Prenez l’habitude de rendre à vos pensées leur statut de pensée, et non d’affirmation souvent péremptoire. Plutôt que de dire: «Je dois être irréprochable», dites: «J’ai la pensée que je dois être irréprochable». Entraînez-vous à vous donner un ordre… et à ne pas y obéir. Commencez simplement, par de petites choses sans conséquence. Dites-vous : «Maintenant, je dois lever la main». Puis… ne la levez pas. Petit à petit, translatez cet exercice vers des ordres en rapport avec votre image sociale. «Maintenant, je dois dire quelque chose d’intelligent». Puis… ne le faites pas !

4

Apprendre à réagir autrement

Quand vous sentez, généralement à une montée de stress en situation sociale, que votre image sociale est en train de prendre le dessus, posez-vous quelques questions qui vous en font décrocher, comme: «que me coûte mon image?»; «qu’est-ce que je gagne à vouloir avoir raison?»; «quels sont mes enjeux réels?»; «pourquoi est-ce que je me sens toujours concerné?».

Les caractéristiques de l’image sociale

Automatique

Votre mode automatique (voir n’Go n°9) a intégré les règles sociales qui vous concernent sous la forme de conditionnements et de croyances qui façonnent l’image que vous avez de vous-même. Cette image est sensible au regard de l’autre.

Basée sur la crainte

Automatiquement, vous cherchez à éviter la désapprobation. Vous craignez d’être jugé ou mal perçu. Vous avez tendance à émettre une opinion qui concorde avec les règles sociales en vigueur. Pas forcément avec ce que vous pensez réellement.

Associée au stress

Le stress apparaît quand vous accordez une attention trop importante au regard des autres. Il provient du fait que vous préfériez défendre votre image sociale (réponse automatique) que vos opinions personnelles (réponse adaptative).

Ce qu’en dit le Larousse

L’image socialePerception intuitive de ce qui se fait, de ce qui est acceptable socialement dans un groupe, perçu comme un “juge”, par rapport à un rôle.

IndividualisationAffirmer son opinion sans peur du regard de l’autre, même si on est le seul à le penser, même sans être sûr d’avoir raison.

aller + loin

Livre

Votre profil face au stress Patrick Collignon et Jean-Louis Prata, 2012, Eyrolles, Paris