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Parole d’expert. Rita El Khayat. Le développement et les femmes

parole d’expert

Le développement et les femmes

Bien qu’hostile à ce mot “développement” – hostilité dont je vais m’expliquer – je me demande dans quelle mesure les femmes sont capables de transformer les relations entre cette sorte de croissance appelée développement et leur propre génie humain, par leur influence, leur être et leur désirs spécifiquement féminins… C’est une véritable enquête qu’il faudrait faire, à travers le monde, pour savoir de quel modèle de vie rêvent les femmes et ce qu’elles ont transformé autour d’elles depuis qu’elles sont considérées comme ayant des droits ou plus de droits…

Pour ma part, en tant que femme, je rêve d’une existence sur terre où il n’y aurait plus d’armes et de guerres, de meurtres d’aucune sorte, de pauvres, d’analphabètes, de malades, d’affamés et de laissés pour compte ; les femmes auraient toutes les mêmes droits que les hommes et tous les enfants seraient absolument égaux à la naissance… c’est de l’utopie pure ? Ce sont les rêveurs et les utopies qui ont changé le monde !
Je rêve que toutes les filles à dix-huit ans feront le bal des débutantes dans une danse colorée autour des continents, et non pas seulement quelques infinitésimales privilégiées dont les pères, magnats et ploutocrates, sucent le sang de milliers d’autres… Une belle robe pour toutes les filles une fois au moins dans leur vie, quelle merveille ! Vrai développement dans le bonheur d’être jeune, belle, heureuse et saine. Tant de tonnes de haillons pour des robes signées qui ne se porteront qu’une fois et coûtent la scolarité, la santé et l’alimentation de tant de filles !
Comportements et relations humaines, dans le contexte de la coopération au développement, sont extrêmement complexes. Les cultures, d’une diversité impressionnante, influent sur la coopération et la globalisation qui doivent être polyédriques, égalitaires, et non plus, des relations maître-esclave, dominant dominé, colon-colonisateur ; les femmes ont toujours été les individus mineurs, minorisés et dominés, sans grande influence sur l’ensemble des phénomènes sociaux…
Je crois que le développement est une donnée erronée, tel que perçu depuis quelques années dans le monde qui s’est, certes, “développé”, mais n’en a pas été pour autant transformé : on a vu le crash économique de l’Occident depuis la crise de 2008… La preuve a été la faillite des systèmes de développement ayant pour vocation l’accumulation et la multiplication des richesses à tout prix : on a oublié, dans cette volonté de puissance, la vie et la qualité de vie de chaque individu sur la terre. La richesse n’a jamais rendu heureux, la pauvreté non plus, mais tout être humain doit avoir le minimum pour une vie digne. C’est ce paradoxe, entre les nantis et les autres, qui fait toute la difficulté des relations, entre les individus, à l’intérieur des sociétés et des états et entre les Etats…
On a cru que l’influence de la Femme modifierait jusqu’à la qualité de vie de la collectivité, à travers une redéfinition des rapports entre les genres, du moins les féministes hommes et femmes y ont cru : elle n’a pas amené de grands changements ni dans les définitions du développement ni dans l’impact global rapporté depuis ces efforts constants de la communauté internationale pour transformer les conditions larges des femmes. Pire, les femmes au pourvoir, de quelque nature qu’il soit, se conduisent comme les hommes aux mêmes postes…
Le lien entre culture et genre, lui-même, est très diffluent et assez complexe, difficile à comprendre pour les non initiés aux phénomènes féministes qui se sont déroulés à travers l’histoire, à travers les vies de certaines femmes, contre l’effort gigantesque déployé dans toutes les sociétés pour maintenir leurs structures et les modes de fonctionnement en l’état, c’est-à-dire pour rester traditionnels ! Pour des raisons très nombreuses, les femmes sont, elles-mêmes, très conservatrices et très traditionalistes, constatation valable pour toutes les cultures et toutes les civilisations, passées et présentes. Elles sont un frein à elles-mêmes pour transformer largement leurs conditions, leurs rôles et leurs statuts. Seule, l’éducation strictement égalitaire entre filles et garçons va changer les phénomènes instaurés depuis la nuit des temps, première revalorisation intense de la moitié de l’humanité qui va modifier l’accès de tous à la dignité de l’Etre, apportant le vrai développement…
Le genre féminin, ses implications individuelles et collectives dans les comportements féminins et/ou masculins, va amener, par des intuitions et des infléchissements féminins, à sculpter une autre qualité de vie, d’autres désirs, d’autres choix. Le monde, s’il était dirigé par des femmes, après leur accession à leur optimum personnel, serait moins cruel et moins meurtrier : la chasse, la guerre, le meurtre sont des faits masculins. Il serait plus juste car toutes les femmes ont pour motivations, une fois mères, de guider leurs enfants vers un développement tout à la fois de recherche de sécurité et de moindre conflit avec les autres, les voisins, les collègues, les membres de la famille…
Les femmes ayant été maintenues depuis l’aube des temps dans la pauvreté ou ayant été habituées à être toujours moins riches que les hommes, – elles font près des trois-quarts du travail mondial et ne possèdent que des miettes des richesses mondiales –, elles feront autre chose des biens de cette terre que ce qu’en ont fait les hommes jusqu’à maintenant. Elles inventeront d’autres modes de production, de consommation, de stockage, de transformation, de distribution : elles en ont l’habitude, puisqu’elles ont fait cela de tous temps !

Les femmes au pouvoir, de quelque nature qu’il soit, se conduisent comme les hommes aux mêmes postes…