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Parole d’expert. Rahel Kassahun. On purpose*
parole d’expert

Rahel Kassahun. On purpose*

Rahel Kassahun est la directrice et fondatrice de Africa Unbound. Cette association partage une vision résolument positive du continent africain dans laquelle l’auto- détermination, l’auto-gestion et la créativité individuelle ont une place centrale. Précédemment elle a travaillé pour la Banque Mondiale et pour le Programme des Nations-Unies pour le Développement. Née en Ethiopie, elle est détentrice d’un doctorat en économie de l’Université de Californie.

 

 

Dans son best-seller intitulé Le chemin le moins fréquenté 

Scott Peck entame le premier chapitre par une affirmation aussi courte qu’exacte : Life is difficult. Je suis sûre que la plupart d’entre nous, si pas tous, avons déjà prononcé ces mots sous différentes formes. On entend aussi souvent dire « la vie n’a pas de sens ». Dans les épreuves et l’adversité, on en vient même à se demander : « Pourquoi faisons-nous tout ça ? »

La vie ne prend de sens qu’une fois que nous avons identifié notre raison d’être – ce qui nous passionne et ce à quoi nous voulons dédier notre temps et notre énergie, essentiellement parce que c’est l’activité qui nous fait nous sentir vraiment vivant et productif. Je pense que ma raison d’être consiste à mener l’Africa Unbound Movement. Je le crois car il n’y a absolument rien d’autre dans ce monde que je préférerais faire. Je sais que j’effectue ce travail mieux que toutes autres choses. J’y pense virtuellement tout le temps et beaucoup d’activités que je trouvais intéressantes auparavant me paraissent aujourd’hui sans intérêt. Cela me procure énormément de joie (et quelques maux aussi) ; c’est comme un prolongement de moi-même.

Au fil de cette expérience, je me demande souvent à quoi ressemblerait le monde si chacun faisait ce qu’il croit être son but dans la vie. Je pense qu’il serait très différent de ce que nous connaissons aujourd’hui. J’y reviendrai plus tard. Deux raisons fondamentales me poussent à penser que l’identification de notre raison d’être est essentielle. Premièrement, on peut enfin vivre une vie captivante. Il faut admettre qu’en plus d’être difficile, la vie peut être très ennuyeuse, pénible et immobile. Le manque d’objectifs et de motivation mène beaucoup de gens à des comportements destructeurs, comme l’alcoolisme, l’usage de drogues ou la fréquentation de gens qu’ils n’aiment ou ne respectent pas vraiment. Lorsqu’on a identifié sa raison d’être et qu’on s’y est connecté, on n’a plus le temps de s’ennuyer. On pense constamment à la prochaine étape, à comment gérer un nouveau problème qui semble insurmontable ou à célébrer un moment de victoire. En d’autres termes, la vie passe de médiocre et supportable à excitante, stimulante et incroyablement remplie.

La deuxième raison, peut-être la plus importante, est que, une fois notre raison d’être identifiée, elle devient notre principale contribution à la société. Elle est notre but sur terre. Elle est un “bien commun” qui ne nous appartient pas et qui doit être livré au monde. Que votre but dans la vie vous semble grand ou petit, dès que vous mettez finalement le doigt dessus, il commence à transformer votre propre vie autant que celle d’autres personnes de votre communauté. Puisque c’est ce que vous voulez vraiment faire, vous le faites bien et cela devient votre plus grande contribution à votre communauté, votre pays et finalement à la terre entière.

Cette réflexion est cruciale car je pense qu’elle est la clef pour éradiquer la pauvreté en Afrique. L’aide ou le commerce ne nous permettent pas de libérer complètement notre capacité à innover. Chacun doit s’engager dans un processus d’introspection pour trouver ce qui lui tient vraiment à cœur et ensuite trouver les moyens d’agir. Pour moi, la seule condition indispensable pour pouvoir identifier sa raison d’être est de nourrir un désir sincère d’amener une différence positive. Il n’est pas nécessaire d’avoir une vision claire, juste la volonté de faire le premier pas, puis le suivant et celui d’après, jusqu’à ce que votre raison d’être se cristallise sous vos yeux.

Votre raison d’être peut être n’importe quelle activité positive ou constructive, par exemple inventer un outil ou démarrer une petite affaire qui remplisse un besoin identifié dans votre communauté. Il peut s’agir d’une action politique, d’un service public ou encore d’une expression artistique. Les moyens et les formes sont nombreux pour exprimer son don au monde. Cependant, votre contribution sera vôtre uniquement, dans le sens où il y a quelque chose que vous pouvez faire juste un petit peu différemment de quelqu’un d’autre. C’est cela que vous devez découvrir.

Je me demandais plus haut à quoi ressemblerait le monde si nous vivions tous une vie pleine de sens. Je crois que nous éradiquerions réellement la pauvreté. En s’engageant dans le processus d’introspection pour découvrir notre but dans la vie, nous réaliserons que, au plus profond de nous, nous voulons tous répondre à un besoin quelque part sur la planète. Et quand chacun apporte sa part, une véritable transformation devient inévitable. Ce type de (r)éveil nous fera prendre conscience de notre connectivité et notre interdépendance, lesquelles mèneront à leur tour à la coopération, au partage et au soutien mutuel.

Notre salut réside dans l’identification de notre raison d’être individuelle et dans sa mise en marche. En tant qu’êtres intelligents et créatifs, nous pouvons trouver des solutions innovantes à tous nos problèmes si nous arrêtons d’attendre que d’autres fassent le travail et si nous commençons à chercher à l’intérieur de nous quels sont nos talents et comment les utiliser de manière productive. Nous sommes donc face à un choix : nous pouvons soit essayer d’ignorer cette réflexion et poursuivre notre vie “comme d’habitude” (je dis bien essayer car je ne crois pas que cette pensée s’en ira), soit faire quelques pas courageux en avant et rejoindre le nombre croissant de gens qui, autour du globe, se lancent dans une vie plus sensée.

(*) Cet article est déjà paru dans le magazine Africa Unbound